180 – Les cons
Ce poème est de Pierre Jacob , chansonnier au grenier de Montmartre dans les années 1950/1960 , poème dédié à son ami Henri BLANT qui détestait les cons !
1
Ils sont le nombre , ils sont la masse
C’est à la pelle qu’on les ramasse
Ils couvrent d’immenses espaces
Les cons !
De conneries ayant hérité
Ils travaillent en majorité
A se faire une postérité
Les cons !
Et sans que ça les embarrassent
De leurs amis suivent la trace
Gaiement ils perpétuent la race
Des cons !
Et l’papa con suivant la loi
Dit à son fils avec émoi
Taches au moins d’être aussi qu’con qu’moi
Quel con !
2
Dans leur crane obtus rien ne rentre
Quant à leur goût il se concentre
Sur tout c’qui touche au bas ventre
Les cons !
Lorsqu’il y a de la clarté
De la pureté , de la beauté
Sans rien voir ils passent à côté
Les cons !
La tête au fond de leur culotte
Et l’cœur au niveau de leur bottes
Sans rien voir ils font du rase motte
Les cons !
En art ils n’ont pas d’horizon
Et sans espoir de guérison
C’est l’goût de la merde qu’ils ont
Les cons !
3
Ils n’ont qu’un rêve , la voiture
Mais quant ils s’offrent leur pature
Ils deviennent plus cons que nature
Les cons !
Certains d’entre eux , pauvres d’écus
N’ont même pas , j’en suis convaincu
Un bidet pour s’laver l’cul
Les cons !
Mais ils possèdent en revanche
Une chiotte couleur pervenche
Une chiotte à s’tuer le dimanche
Les cons !
Et , dans leur week end désastreux
Ils sont alors follement heureux
De s’traiter de cons entre eux
Les cons !
4
Parfois , eux et leur mécanique
Sous prétexte que c’est tonique
Le dimanche , ils vont en piqu’nique
Les cons !
Déployant leur papiers graissés
Et leur matériel insensé
Ils s’installent au bord du fossé
Les cons !
Puis ayant bouffé leur pature
Ils tournent le dos à la nature
Et r’gardent passer les voitures
L’œil rond
Beau spectacle , c’est évident
Mais ils pensent en leur par dedans
Qu’ils verront p’têtre un accident
Les cons !
5
En littérature , ils adhèrent
Aux stupidités légendaires
De leur canard hebdomadaire
Les cons !
Ils se délectent en effet
Comme s’ils savouraient un godet
De bonnes histoires à l’eau de bidet
Les cons !
Avec leurs titres , cons comme la lune
Tous ces journaux là font fortune
Il leur faut du cul à la une
Aux cons !
Il leur faut du cul qui vaut de l’or
Les journaux leur offrent alors
Celui de BB ou de Litz Tailor
Aux cons !
6
On a l’guitareux histérique
Qui vous fait tourner, en bourrique
Avec sa guitare électrique
Ce con !
Et tous ses fans , ravis de peu
Qui applaudissent tant qu’ca peut
Tant il est vrai qu’ils se contentent de peu
Arts cons !
On a , j’en ai l’souffle coupé
Toutes les vagissantes pépées
Miaulant leur niaiseries syncopées
L’œil rond
On a donc , c’est exorbitant
Le con chantant , le con votant
Le con toujours , le con tout l’temps
Le con !
7
Quand un homme d’état sur l’estrade
Par quelques tours de mascarade
Va leur débiter ses tirades
Aux cons !
Ils pourraient lui dire , va t’faire voir
Orateur de bateau lavoir
Ferme ta gueule , il va pleuvoir
Mais non !
Ils tapent des mains , il faut voir comme
Et groupés , autour du surhomme
D’admiration , ils braillent comme
Des cons !
Et le lendemain , frais et dispos
En agitant des p’tits drapeaux
Ils s’en vont payer leurs impôts
Des cons !
8
Les grands , qui dominent le monde
Dans leur comportement immonde
Qu’ont-ils fait de la machine ronde
Ces cons !
Un bordel et un abattoir
Risquant au cours de notre histoire
De se transformer en pétoire
Bien con !
Ecrasés comme par la meule
Ces pauvres peuples veulent
Se prosterner devant ces gueules
De cons !
Devant leur maître délirant
Sans savoir , c’est pourtant flagrant
Que plus c’est con et plus c’est grand
Les cons !
Poème de Pierre Jacob
Chansonnier au Grenier de Montmartre
petite visite.
Petite visite amicale.